Le général Khaled Nezzar : « Said Bouteflika envisageait l’état d’urgence ou l’état de siège! »

Le général Khaled Nezzar, ex-ministre de la Défense, a, dans une déclaration publiée sur le site Algériepatriotique, fait de graves révélations concernant Said Bouteflika, le frère et conseiller de l’ex-président.

Ce dernier se serait « jusqu’à la dernière minute, accroché au pouvoir, multipliant les tentatives de diversion, les manœuvres, les manigances désespérées pour garder la haute main sur les affaires du pays. » peut-on lire sur le communiqué.

« Pour l’histoire, j’aimerais apporter un témoignage pour dire jusqu’où était décidé à aller cet homme qui ne voulait pas comprendre, qui ne voulait pas imaginer, que le rideau était définitivement tombé. » a dit Khaled Nezzar avant d’ajouter : « Le 7 mars 2019, j’ai reçu un appel émanant de lui par l’intermédiaire d’un ami. Il voulait me voir. Après quelques moments d’hésitation, j’ai décidé d’accepter. Nous nous sommes donc vus. L’homme était visiblement dans le désarroi. Il voulait connaître mon opinion sur ce qui se passait dans le pays et sur ce qu’il pouvait entreprendre pour faire face à la contestation populaire.

Je lui dis : «Etant donné que le peuple ne veut pas d’un cinquième mandat, qu’il veut aller à une deuxième République et qu’il rejette les membres de la classe politique en charge actuellement de responsabilités, j’estime qu’il faut répondre à ses demandes. Je vous suggère d’étudier les deux propositions suivantes :

La première proposition :

– Prendre comme base de travail la lettre du Président qui parle de conférence nationale, la compléter en précisant les délais quant à sa durée de vie.

– Donner la date exacte du départ du Président qui ne devrait pas excéder 6 à 9 mois.

– Remplacer l’équipe gouvernementale actuelle par un gouvernement de technocrates.

Inconvénients de cette première proposition : la population pourrait la comprendre comme une tentative de passage en force, de même qu’elle pourrait être rejetée par les autres acteurs politiques comme pour les deux premières lettres.

La seconde proposition, la plus raisonnable :

– Que le Président se retire soit par démission, soit par invalidation par le Conseil constitutionnel.

Parallèlement :

– Désignation d’un gouvernement de technocrates.

– Création de plusieurs commissions indépendantes qui seraient compétentes pour préparer les futures élections et mettraient en place les instruments pour aller vers la deuxième République.

Je suggérais également à Saïd la démission du président du Conseil constitutionnel et ceux des deux chambres du Parlement. Le nouveau président constitutionnel assurerait la vacance du président de la République et légiférerait par ordonnances.

Inconvénient : une maîtrise moins aisée du processus du changement.

Avantage : cette solution aurait toutes les chances d’être acceptée par l’opinion publique du moment que la décision serait entre les mains d’une instance de transition crédible parce qu’indépendante.

Saïd Bouteflika rejeta d’emblée cette seconde proposition, la trouvant, à son sens, «dangereuse pour eux». A la question : «Et si cette énième lettre était rejetée, que feriez-vous ?» Il me répondit : «Ce sera l’état d’urgence ou l’état de siège !» J’étais surpris par tant d’inconscience. Je lui répondis : «Si Saïd, prenez garde, les manifestations sont pacifiques, vous ne pouvez en aucun cas agir de cette manière !» A cet instant, je me suis rendu compte qu’il se comportait comme le seul décideur et que le Président en titre était totalement écarté. »